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La journée d’un marchand syrien vers 700, en Gaule du Sud.

vendredi 19 juillet 2013, par Garac

Au IIIe siècle de notre ère, une suite de crises économiques et politiques va amener l’effondrement des structures commerciales en Gaule. Parallèlement, la création en 330 d’une nouvelle capitale impériale à Constantinople va dynamiser les échanges dans la partie orientale de l’Empire Romain.

Ces deux mondes vont se rencontrer quand, profitant du vide laissé en Gaule, les commerçants orientaux vont s’installer dans la plupart des grandes cités de cette zone (Metz, Bordeaux, Toulouse, Narbonne, Bordeaux, Cologne, Orléans, etc…), constituant très vite des communautés importantes. Grecs, égyptiens, juifs mais surtout Syri (syriens, phéniciens et palestiniens) , ces transmarini negociatores sont si nombreux que Césaire d’Arles compose des chants liturgiques en latins et en grec, pour être compris de toutes ses ouailles.

Certains sont amenés à occuper des fonctions cléricales, voire épiscopales.
Mais leur grande affaire reste le commerce au long cours, par cabotage, qu’ils soient propriétaires de flottes ou qu’ils tiennent boutique dans telle ou telle grande ville. Suivons donc l’un d’entre eux dans une de ses journées de travail.

Issu d’une famille syrienne installée de longue date à Burdigala (Bordeaux), Eusèbe a récemment repris la boutique d’un lointain cousin dans la cité de Tolosa (Toulouse). Son installation a été bien sûr facilitée par les Syri locaux.
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Photo Ymages-Daniel Gutiez (c).

Comme dans beaucoup d’autres villes de Gaule, le bâti urbain est encore celui de l’Antiquité Tardive, préservé et consolidé vaille que vaille. Dans certaines cités, comme à Aix-en-Provence, les fouilles archéologiques ont démontré que des structures d’habitat antiques ont été utilisées jusqu’au XIIe siècle.
Pour Eusèbe, cette boutique est surtout une simple devanture, où il expose un échantillon des marchandises qu’il est susceptible de fournir à ses clients. Le reste se trouve dans des entrepôts, vraisemblablement installés en bord de rivière.
Voici d’ailleurs la première cliente de la journée. Épouse d’un dignitaire local, elle est une habituée de la boutique d’Eusèbe, où elle se fournit en vins de Gaza ou d’Ascalon, soieries, épices et condiments exotiques. Ces produits, outre leur utilisation première pour la cuisine ou l’habillement, sont aussi des marqueurs de rang. Eusèbe lui propose du coton d’Egypte, dont il vient de recevoir quelques ballots grâce à la flotte d’un parent installé à Narbo Martius (Narbonne). Denrée encore rare, qui ne peut que flatter l’ego de cette cliente, pense Eusèbe.
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Photo Ymages-Daniel Gutiez (c).

Peine perdue, la cliente préfère acheter quelques onces de clou de girofles et de pistaches, ainsi que deux amphores de vins palestiniens, l’une pour ses banquets, l’autre pour être offerte au duc Eudes d’Aquitaine, dont Tolosa est la capitale.
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Photo Ymages-Daniel Gutiez (c).

Le reste de la journée s’écoule tranquillement, et la fin de celle-ci venue, Eusèbe ferme boutique et décide d’aller profiter de la fraîcheur vespérale dans sa maison de campagne. En effet, le succès qu’il connaît dans ses affaires lui a permis d’acquérir un petit domaine et quelques arpents de terre en périphérie de la ville. Lieu de repos, c’est aussi un lieu de production agricole et viticole.
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Photo Ymages-Daniel Gutiez (c).

Enfin, le soir, Eusèbe retrouve sa chambre, à l’arrière de la boutique. Il ne tarde pas à sombrer dans le sommeil, même si les changements qu’il sent en ce moment l’inquiètent quelque peu. En effet, le monde méditerranéen connait quelques remous, suite aux campagnes militaires des fidèles d’une nouvelle religion qu’on appelle l’islam, ce qui ne va pas sans conséquences pour le commerce. De plus, le pouvoir en Gaule est à présent de plus en plus ancré dans le nord du pays, où des nouvelles routes commerciales partent vers les pays des Angles et des Svears.
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Photo Ymages-Daniel Gutiez (c).

Dans les décennies qui suivent notre histoire, les marchands orientaux semblent se fondre dans la population locale, aidés en cela par leur religion. Au IXe siècle, les marchands radhanites emprunteront les mêmes voies, et les étendront vers l’actuelle Russie, la Chine et l’Inde. Pour certains, ces marchands juifs seraient les descendants des syri de la période mérovingienne, mais les sources restent encore trop vagues pour en être sûr.

Bibliographie
LEBECQ Stéphane, Les origines franques (Ve-IXe siècle), Nouvelle Histoire de la France Médiévale, 1, Éditions du Seuil, Paris, 1990.

PENENT Jean, Occitanie. L’épopée des origines, Éditions Cairn, Pau, 2009.

PIERI Dominique, Marchands orientaux dans l’économie occidentale de l’Antiquité Tardive, In : L. RIVET et M. SCIALLANO (éd.), Vivre, produire et échanger : reflets méditerranéens. Mélanges offerts à Bernard Liou, Montagnac ,Archéologie et Histoire romaine
8, 2002, p. 123-132.

VALLET Françoise, De Clovis à Dagobert. Les Mérovingiens, Gallimard, « Découvertes », Paris, 1995.

Nous remercions pour la séance photo Daniel Gutiez, auteur de ces clichés, et l’archéosite de Montans et toute son équipe qui nous a accueilli pour la journée.

http://ymages.aminus3.com/
http://www.archeosite.com/

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